Arênes de Pérols, Hérault, France

Publié le par gascof

Encore une fois, je rattrappe du retard de mise à jour du blog. De cet été, cette fois, pendant mes - courtes - vacances.


Quand votre grand-mère est originaire de Vauvert, il est de bon ton d'apprécier les courses camarguaises.

Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est, il s'agit d'un jeu taurin  pratiqué dans la quasi-totalité des arênes du Sud de la France - pas du sud-ouest, attention, j'ai dit le Sud. Sauf peut-être dans certaines arênes démontables qui ne servent qu'à des toros-piscine - voire toro-mousse maintenant. Sinon, à quoi serviraient les arênes des villages ??

Recette de la bonne course camarguaise

D'abord, il faut se rendre aux arênes - ma mémé dit "aller aux toros", mais, en bon Français, on dit "se rendre aux arênes".

Pour une bonne course camarguaise, il vous faut des taureaux de camargues, comme l'exemplaire ci-dessous, par exemple.

Ensuite, il vous faut une direction, pour pouvoir décider quand ça commence, quand ça finit, qui gagne quoi. Mais aussi pour faire des annonces - avec quelquefois des tentatives pour être drôle - et pour passer la vieille cassette de Carmen qui doit traîner toute la saison dans le même magnétophone - depuis plusieurs saisons, probablement.

La direction, c'est eux. Le président est à droite, avec la bouteille, vu qu'il parle tout le temps :

Bien entendu, il vous faut des arênes.
Il y a plusieurs taureaux, mais on va éviter de les mettre ensemble - ensembles, c'est moins pratique, tout de suite.
Sur ordre de la direction, on fait rentrer le taureau. Et on va le laisser seul quelques instants. De quoi l'observer tranquillement, vérifier qu'il ne s'est pas blessé, voir s'il est "excité comme un chat maigre" - maman
, ça s'écrit comme ça, chamègre ? - et le laisser s'acclimater à la piste et à la lumière, vu qu'il sort du toril, relativement sombre. Bon, il y a sans doute plein d'autres raisons, mais moi, je suis né à Montpellier, et il n'y a pas d'arênes à Montpellier, alors, hein, m'as comprès !

Bon, celui là en profite pour faire des trous dans le sable - c'est les agents d'entretien qui vont être contents !

Au bout d'une minute - je crois - , des bonhommes tout de blanc vêtus sautent - assez lestement - les barrières, et se retouvent sur la piste face à la bête à cornes.

Eux, ce sont les raseteurs, des types assez courageux - ou inconscients - pour aller récupérer des morceaux de tissu et de ficelle entre les cornes du taureau. Et ça, c'est pas de la rigolade : suffit de regarder de près les armes de la bête.
Vous pouvez constatez qu'elles servent, vu leur usure.

Sur la même photo, on aperçoit de la ficelle - à la base des cornes.
Petite précision sur attributs, à retirer de la tête du taureau par les raseteurs, contre des points au classement et des primes :
- la cocarde, petit - tout petit, 2 cm de côté environ - morceau de tissu rouge, plaqué entre les cornes sur le front du taureau.
- le frontal, morceau de ficelle qui joint les deux cornes
- les glands, petits pompons de tissu blanc, accrochés à la base de chaque corne
- les ficelles, qui font le tour de chaque corne, à leur base.

Pour récupérer tout ça, les raseteurs disposent d'un ensemble de peignes/crochets métalliques qui'ils tiennent dans la main - un truc ridicule tellement c'est petit. Compte tenu de la longueur, il n'y a pas le choix, il va falloir mettre le bras entre les cornes.
Tout en courant.
En se souvenant qu'il y a une barrière.
Et que, derrière, il y a un mur.

Finalement, si l'outil est nécessaire, c'est la technique du razet - note aux informaticiens, je n'ai pas écrit reset, mais razet - qu'il faut maîtriser. Le razet, c'est l'action de base des raseteurs, lorsqu'ils rasettent - un peu comme le passage est l'action d'un passant lorsqu'il passe, quoi.
Comme le taureau courre assez vite en ligne droite - plus vite même que la plupart d'entre nous - le moyen à privilégier est de le faire courir en virage.

Les raseteurs se placent derrière leur tourneur, qui doit faire se retourner le taureau vers lui - et eux indirectement. Le raseteur s'élance pour contourner le taureau, en passant du côté du centre de la piste.
Le tourneur, c'est le type avec le nom en rouge. S'il parait plus vieux, c'est normal, c'est un ancien razeteur - qui ne se sent plus de courir comme un dératé tout un après-midi.

Rapidement, taureau aperçoit le razeteur, cet holibrius qui coure presque dans sa direction, en tendant le bras vers lui, et quelquefois même en l'appelant par son nom - et oui, les taureaux ont des noms, et sont capables de reconnaître quand on les appelle, surtout après plusieurs années de carrière.
Du coup, comme le type en question n'a pas l'air très clair, le taureau se lance aussi. Sauf que lui, il a des cornes. Et les cornes, ça pique.

Comme vous pouvez le constater, l'homme a réussi à conserver l'avantage, vu que taureau doit d'abord se tourner avant de pouvoir poursuivre le raseteur.

Et là, dès que le taureau sera assez près, il va falloir tendre le bras au maximum, essayer de décrocher un des attributs et sauter par-dessus la barrière. Tout cela à fond de train.

En photo, cela donne :
Bon, ok, celui-là a un peu trop fait tourner le taureau.

et celui-là pas assez, et un peu loin de la barrière : il va falloir qu'il privilégie la course s'il veut arriver jusqu'à la barrière...


On peut s'en apercevoir ici, les taureaux ne sont pas là pour faire de la figuration.
Les raseteurs non plus ;)

Arrivés à la barrière - idéalement, le raseteur arrive le premier - le raseteur saute - et s'accroche - et le taureau reste en piste. Enfin, généralement : comme quelquefois il franchit la barrière, mieux vaut en effet s'accrocher le plus haut possible.
Vous pourriez dire qu'il n'y a qu'à rehausser les barrières. Mais je vous rappelle juste qu'il faut arriver à les sauter en pleine course, poursuivi par un taureau équipé de deux grandes cornes.

Un "bon" taureau ne saute pas. Mais il va "à la barrière". C'est à dire qu'il fait l'effort de poursuivre le raseteur le plus loin possible.

Celui-là n'est vraiment pas mal, avec ses "genoux" repliés sur la barrière, la tête dépassant dans la contre-piste.

Au fur et à mesure de l'avancée de la course, le président fait monter le prix des atributs restants sur le taureaux. Les primes de départ ont été annoncées à l'entrée du taureau :
"le taureau qui entre en piste à pour nom "Le sanglier". Il est issu de la manade Lafon. Il est porteur d'une cocarde primée à 30 euros, et de deux glands d'une valeur de 20 euros chacun."
Les enchères sont annoncées par le président, en commençant par la cocarde, puis, dans l'ordre, la coupe du frontal, les glands et enfin les ficelles. Il faut attendre que le premier attribut ait été enlevé pour pouvoir enchérir sur l'attribut suivant.

Une fois que tous les atributs ont été retirés, ou que le temps imparti est écoulé - le président annoncé avant la dernière minute de course - le taureau est renvoyé au toril.

Quelquefois quand le taureaux est raiment trop dur, voire dangereux, ou qu'ils sont fatigués,  les raseteurs se font un peu désirer, et laissent le taureau un peu seul dans l'arêne. La plupart des vieux qui assistent aux courses le déplorent, et le disent : "de mon temps, c'était pas comme ça. Le jeune Clop, lui, je me souviens, il aurait pas fait ça. Un vrai fou, celui-là ! Maintenant, qu'est-ce que vous voulez, ils sont presque professionnels, alors, c'est sûr,... M'enfin, c'est pas une raison, quand même !! Parce que moi, je me souviens, en 1927, ..."
Comme on a payé pour venir, les autres - c'est à dire pas les vieux - n'en pensent pas moins. Mais ils n'ont pas de souvenirs aussi lointains à évoquer.

Le taureau aussi s'ennuie un peu. Du coup, comme d'hab, il en profite pour donner du travail aux agents de la municipalité chargé de l'entretien de la piste - ceux qui ont arrosé la piste avant la course, pour éviter que le sable ne s'envole partout.

Des fois, en plein milieu de la course, le taureau en a marre, et veut rentrer. Le faire sortir de la zone juste devant le toril n'est pas toujours facile, et complique d'autant plus les travail des raseteurs.
En plus, ça fait craindre aux portiers que le taureau ne saute en contre-piste. C'est pour ça qu'ils ne lâchent pas leurs protections !

Faute de sauter les barrières - et de se ballader pendant quelques minutes en contre-piste, certains taureaux préfèrent se lancer dans les grands travaux, et aménager une porte supplémentaires dans les barrières.
A grand coups de cornes, s'entend.
C'est ce qui m'impressionait le plus quand j'étais petit. Mais je crois que les planches de Vauvert devaient être plus fines, parce que je me souviens que les taureaux cassaient directement les planches en deux avec leurs cornes, et pouvaient en soulever 4 ou 5 en une seule fois.
Bon, ok, j'étais petit, je peux mal me souvenir.

Si un jour l'envie vous prend de descendre dans le Sud en été, je vous invite à aller voir une course. pour vous rendre encore mieux compte. Et pour ceux qui me connaissent, passez un coup de fil avant, j'aime bien ça, aussi.

Si vous êtes intrépides, une vachette est quelquefois lâchée pour les jeunes. Vous pouvez aussi aller faire un tour. Sous votre entière responsabilité, toutefois.
D'ailleurs, c'est écrit :


Publicité

Publié dans where-is-gascof

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
C'est aprfait je suis contre la mise à mort des taureaux... ça a l'air plus soft ça
Répondre
S
Salut le neveu !<br /> j'ai lu ton article, hé ben figure-toi que j'avais fait un petit diaporama pour mes beauf et bell's qui sont ignares dans l'histoire locale de par chez nous. <br /> Sais pas comment te le transmettre via ce truc bidule, alors je te l'envoie via ton adresse e-mail.... ainsi que d'autre(s).<br /> Alors à quand ton départ????<br /> NB : je vais faire lire ton blog à la "mémé" qui appréciera très certainement..........<br /> Allez bye, à +
Répondre